Cette soirée me laissait un goût étrange sur le palet.
Cette semaine et même ce mois également.
Jai eu limpression dêtre complètement dépassée par les évènements parce quils étaient à la fois incontrôlables et aussi parce que javais limpression quils avançaient plus vite que moi, me laissant inexorablement sur le bas-côté.
Cest au moment où lon se croit le plus protégé que lon baisse la garde et que lennemi vous attaque par surprise.
Qui sont mes ennemis ?
Je pense avant tout que ce sont des ennemis intérieurs et que ceux-là vont déclencher par répercussion des ennemis extérieurs qui ne lauraient pas été si jétais en paix avec moi-même. Après tout, la plus grande des guerres et celle que vous vous déclarez.
Je métais protégée de mes amis, de ceux que javais blessé par le passé, de ceux qui mavaient fait souffrir totalement inconsciemment ou sils létaient, sans intention préméditée de mon quotidien dont on ne peut pas dire que le mode de vie soit sain.
Et un jour, vous croyez dormir paisiblement et lon sonne à votre porte à une heure matinalement inacceptable. Ce pourrait être les pompiers vous vendant dhorribles calendriers avec des photographies dincendies, mais se recoucher juste après leur en avoir acheté un serait beaucoup trop simple.
Non. On va sonner dans votre tête et vous remémorer ce quil naurait pas fallu oublier. Cacher. Renier. Cest comme une sorte de flash-back qui interferait avec le présent par le simple fait dy repenser.
Ce qui expliquerait alors un certain nombre de réactions quhier encore, je ne comprenais pas. Pourquoi se mettre à pleurer dans un lit sans véritable raison, juste à cause dun message qui sous-entendrait que vous êtes toujours ? encore ? la femme de sa vie à lui. LA femme idéale.
Je crois comprendre désormais pourquoi ces larmes. Parce que je me suis souvenue de mes promessses anciennes, celles que je lui faisais, masquées, celles que je me faisais à moi, celle que je nous faisais à nous, à notre couple. Celles que je nai pas tenu. Par dépit, par lâcheté. Parce que je nen étais pas capable.
Pourtant, cest un passé lointain désormais. Mais, un simple retour dans sa vie, une simple invitation à une soirée béta, une simple conversation permettent parfois de renouer certains liens. Et elles permettent de renouer avec le passé.
Mais, tout ces liens sont-ils aussi solides que des fils tressés soigneusement par une araignée ou vont-ils rompre dès que lon tira un peu trop dessus.
Cest en fait le même principe que le paquet de nuds. Si lon tire sur le mauvais fil, le paquet se resserre. Si lon attrape le bon, on dénoue tout le reste.
Et moi, si je tire trop fort sur le mauvais fil, le paquet à la fois se resserre et en plus, le fil sarrache et il nexiste alors plus aucun moyen de défaire cette boule entrelacée.
Il y a aussi ceux qui vous ont fait mal. Et qui vous font encore mal. Comme le disait Snollie, se sont les « fantômes de nos relations passées ». Celles qui nous gouvernent encore, bien que de manière déguisée. Ces relations sont rares. Mais elles sont capables de vous faire tourner en rond et de finir par vous faire tourner noire et voir rouge.
Une fois encore, après avoir enterré mon histoire passsée, il a décidé de revenir par petites enjambées dans ma vie. Je ne peux pester contre la politesse et la délicatesse par lesquelles il sy est pris. Et jai en plus létrange impression que cette délicatesse, il ne la pas acquise grâce à moi. Je le connaissais beaucoup plus « devored by vermin ». Je crois que cela vient en partie delle. Quelle ironie machiavélique.
On dit que lespoir fait vivre. Par moments, il fait aussi beaucoup souffrir. Je peux alors faire référence à cette maxime un peu simplette, je ladmets, disant « vivre, cest aimer ; aimer, cest souffrir ; souffrir cest mourir ; alors, pourquoi vivre ? ».
Jen suis arriver à ce point : un homme va pouvoir mintéresser, mais après quelques heures passées en sa compagnie, je vais renoncer pensant quil ne sera jamais celui que je veux, celui qui me fera oublier mon fantôme. Ma hantise enfouie.
Il y a enfin mon quotidien qui se résume en quelques mots : réveils en retard, café, cigarette, cours, café, cigarette, cours, activité improductive rentrée chez moi, conversation avec mon ami maltais, repas le premier de la journée et je mendors épuisée pour tout recommencer avec encore un décalage dans ma vie dû au manque de sommeil. De plus, depuis deux semaines, jai lhonneur dy ajouter mes examens en parallèle avec mes cours. Sans oublier ma dose hebdomadaire de travail dans un institut de sondages. Je sors parfois, je vois des amis souvent les mêmes jessaye de faire les choses. Mais je ne trouve pas le temps pour moi. Le temps qui devrait me servir à prendre soin de ma petite personne.
Je croyais, il y a encore quelques semaines, que jétais un petit homme marchant avec un fagot de bois et quà chaque personne rencontrée sur mon chemin, je lui donnais un peu de mon bois pour malléger. Mais je crois maintenant que, même lécriture, même les amis, même ma famille, ne peut me décharger comme je laimerais. Je porte mon bois mort sur le dos et je ne trouve pas le moyen de men débarasser. La question est maintenant de savoir si je ne suis pas finalement obligée de le garder à tout jamais et que la vie mappendra à le porter de façon à ce quil me fasse le moins mal au dos dans la mesure du possible. Comme si la vie nous permettait en définitive de créer des amortisseurs. Quelque chose, non pas pour éviter les coups, mais pour moins les ressentir. Je crois même, en éccrivant ces lignes, que cest ça la vie.
Cette soirée, je croyais bien la passer. Mais finalement, je crois avoir uniquement dissimulé des fractures qui se réouvraient malgré moi. Je pensais que, pendant cette soirée, jallais bien rigoler et me changer les idées. Mais je suis tellement fatiguée, que je nai pas su éviter, pas su esquiver la claque qui mattendait ce soir. Celle qui ma fait comprendre tout ça.
Celle qui ma poussée à partir plus tôt que prévu, juste pour pouvoir écrire ce texte.
Durant cette soirée, il sest passé quelque chose détrange. Il y avait un verre posé au bord du lit, un verre de whisky, et je voyais le pied de la personne assise sur le matelas se rapprocher dangereusement de ce verre à chaque mouvement. Je ne suis pas restée assez longtemps pour savoir sil lavait renversé.
Je savais au fond de moi que tout cela arriverait. Jaurais pu léviter. Comme jaurais pu dire à cet ami de faire attention au verre ou simplement le déplacer par moi-même. Mais je nai rien fait. Jai assisté à tout ça, non pas en nétant pas capable den changer le cours des évènements, mais en ne réagissant pas tout en considérant lucidement les impacts que cela allait produire. Que ce soit la tache sur le lino ou la fatigue, la lassitude pesante et constante.
Je vais maintenant me coucher.
Et tenter de dormir.
Pronfondément.