Je n'y pense même plus. Tout mes gestes sont mécaniques. J'ondule sur la musique, je me déhanche, je fais des cercles avec mon ventre. Je montre un peu, mais pas trop, ils doivent s'amuser, moi je rigole bien.
Il faut enlever couche après couche, vêtement après vêtement, lentement, sans rien brusquer car c'est toujours meilleur quand on fait durer le plaisir.
Il faut les regarder aussi, parfois, pour qu'ils croient que ce n'est rien que pour eux. Mais regarder une caméra, ça n'a rien de personnel, au fond.
Il faut tout prendre à la légère, laisser entendre que Peter Pan vole pour de vrai, que c'est comme une grande blague et que tout le monde y croit. Car la chute de cette histoire, c'est que je suis si proche d'eux, ma nudité face à leur excitation, mais que je ne serai jamais à eux. On est très loin, dans deux mondes différents et jamais ils n'arriveront jusqu'à moi.
Et si tous les soirs, je me déshabille devant cette caméra, ce n'est pas pour leur plaisir, c'est uniquement pour le mien. Car j'ai enfin trouvé la preuve de leur dépendance et j'en suis le fruit. Le jour où j'arrêterai, où je les laisserai tout seuls devant leur écran, où ils devront revisionner d'anciens films qu'ils connaissent par coeur, où ils viendront tous les jours sur cette page pour voir si je ne suis pas revenue, ce jour-là, je connaîtrai l'exquise saveur de la victoire.
Car ils seront tous à moi et je ne serai plus jamais à eux. Et ils seront de nouveau seuls alors que je serai une star.
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