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Mercredi 20 septembre 2006

Je n'y pense même plus. Tout mes gestes sont mécaniques. J'ondule sur la musique, je me déhanche, je fais des cercles avec mon ventre. Je montre un peu, mais pas trop, ils doivent s'amuser, moi je rigole bien.

Il faut enlever couche après couche, vêtement après vêtement, lentement, sans rien brusquer car c'est toujours meilleur quand on fait durer le plaisir.

Il faut les regarder aussi, parfois, pour qu'ils croient que ce n'est rien que pour eux. Mais regarder une caméra, ça n'a rien de personnel, au fond.

Il faut tout prendre à la légère, laisser entendre que Peter Pan vole pour de vrai, que c'est comme une grande blague et que tout le monde y croit. Car la chute de cette histoire, c'est que je suis si proche d'eux, ma nudité face à leur excitation, mais que je ne serai jamais à eux. On est très loin, dans deux mondes différents et jamais ils n'arriveront jusqu'à moi.

Et si tous les soirs, je me déshabille devant cette caméra, ce n'est pas pour leur plaisir, c'est uniquement pour le mien. Car j'ai enfin trouvé la preuve de leur dépendance et j'en suis le fruit. Le jour où j'arrêterai, où je les laisserai tout seuls devant leur écran, où ils devront revisionner d'anciens films qu'ils connaissent par coeur, où ils viendront tous les jours sur cette page pour voir si je ne suis pas revenue, ce jour-là, je connaîtrai l'exquise saveur de la victoire.

Car ils seront tous à moi et je ne serai plus jamais à eux. Et ils seront de nouveau seuls alors que je serai une star.

Par Alice Walden - Publié dans : joursetnuits
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Mardi 19 septembre 2006
Je porte du rouge quand je veux séduire, du rose quand je suis amoureuse, du jaune quand je suis trompée, du vert quand je suis décalée, du bleu quand je suis de mauvaise humeur, du noir quand je suis triste, du gris quand je m’ennuie, du blanc quand je me sens bien, de l’orange quand je suis un peu folle, du jean quand je veux passer inaperçue et toutes les couleurs quand je n’arrive pas à me décider. Mais quand je n’ai envie de rien, quand je ne veux voir personne, quand je fume cigarette sur cigarette, que je bois thé sur thé, que je ne sais pas comment occuper mes dix doigts, et bien je ne porte rien, je reste nue sous ma couette en attendant demain matin !
Par Alice Walden - Publié dans : joursetnuits
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Dimanche 17 septembre 2006

Nous nous aimions depuis cinquante ans. Nous nous étions rencontrés lors d'une des manifestations de mai 68. Je l'ai vu au milieu de toutes ces autres femmes qui avaient enlevé leur soutien-gorge et pourtant, même avec, je l'ai trouvé merveilleuse.

Notre première conversation, c'était en cellule, dans un des postes de police de Paris. Elle était tellement dynamique, elle en voulait. Elle voulait gagner cette bataille. De mon côté, elle a fait un touché-coulé. Elle a largué les amarres et a débarqué sur le pont principal, m'a enlevé, m'a aimé. C'était un corsaire redoutable.

Et je lui ai enfin retiré son soutien-gorge. Et nous ne nous sommes jamais quittés. Jusqu'à hier. Et depuis, je ne peux plus vivre. Ma vie était basée sur un édifice que l'on avait monté à deux. On a enlevé la clef de voûte et depuis, je m'effondre inévitablement. Elle ne reviendra pas pour remettre les pierres une à une. C'est trop tard. L'un devait bien partir avant l'autre. Il fallait bien que l'un de nous souffre de l'absence de l'autre. Je suis le triste rescapé d'une tempête marine...

Je n'ai toujours pas retiré mon costume noir. Je n'y arrive. J'ai peur de changer de peau. Même froide, elle était toujours aussi belle et désirable...

J'ai peur d'ouvrir un placard et d'y retrouver son odeur. J'ai peur de dormir dans notre lit et de m'y réveiller seul. J'ai peur quand le téléphone sonne et de ne pas entendre sa douce voix me dire "j'arrive mon amour". J'ai peur de tout. Je ne veux même plus me regarder dans le miroir.

Je suis un vieil homme dont le coeur s'est brisé hier. Je suis en mille morceaux et elle n'est pas là, avec sa petite cuillère, à me ramasser et me dire "courage mon bonhomme". Il n'y a plus personne car je suis allé à tous les enterrements et personne ne viendra au mien. Ferré s'était trompé. Je n'ai pas le courage d'attendre plus longtemps pour lui donner raison.

Sans avoir tenté de remonter le mur de briques, j'ai pris une feuille et un stylo, pour les premiers qui viendront me trouver, pour les pompiers ou le samu... J'ai posé la lettre sur la table du salon et j'ai ouvert le tiroir de la commode. "On n'a pas besoin de ça, on est en sécurité". Oui, on était en sécurité ensemble, mais maintenant, je suis tellement friable... Je savais bien qu'il servirait... Je presse la détente.

"J'arrive ma chérie".

Par Alice Walden - Publié dans : joursetnuits
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Dimanche 17 septembre 2006

Dans la vie, il y a deux voies, la pomme et les autres fruits. La question est, pourquoi toujours se diriger vers le fruit défendu?

On est tellement omnubilé par la pomme qu'on en oublie le raisin, la poire ou la pêche. Pourquoi la pomme? Pourquoi pas autre chose? Le choix est pourtant diverse et varié. On dit que tous les goûts sont dans la nature, et pourtant, nous nous retrouvons toujours face à ce même fruit. Manque d'originalité de notre part ou bien attirance prononcée pour le danger et l'échec?

Car, oui, il faut bien le dire, la pomme finit toujours trognon. Et on passe toujours par les pépins.

Pourquoi se compliquer la vie... Pourquoi dois-je toujours me retrouver nez à nez avec cette pomme empoisonnée alors que j'ai une corbeille de fruits dans ma cuisine que j'oublierais presque, si ce n'est pas le cas, déjà...? Plus près, tu meurs! Le compliqué est tellement excitant... Et tellement blessant, en définitive. S'en éloigner, c'est se préserver, mais la croquer, c'est savourer l'instant présent. Dilemme...

Fumer une cigarette, allongée sur mon lit, c'est marrant, mais ça m'aide même pas à réfléchir. J'aurais plutôt besoin d'un miracle... D'un signe... Quelqu'un pourrait-il déposer un boa devant ma porte??!!

Par Alice Walden - Publié dans : joursetnuits
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Samedi 16 septembre 2006
Tourner en rond, fumer une cigarette, changer de cd toutes les trente secondes, ouvrir la fenêtre, la refermer, reprendre une cigarette, allumer la télé, jeter la télécommande, s'écrouler sur le canapé, boire un verre d'eau, vouloir manger quelque chose, fermer le placard sans rien y prendre, regarder son portable, il n'y a pas de message, ouvrir un livre, le poser après deux pages tournées, regarder l'heure encore, prendre à nouveau une cigarette, l'écraser parce que pas envie, et puis aller se coucher en se disant que demain, un jour de plus se sera écoulé. Lentement. Paresseusement. Un de plus.
Par Alice Walden - Publié dans : joursetnuits
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