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Mercredi 15 novembre 2006
Je n’ai jamais su parler d’amour.
Pas que je n’ai jamais aimé, au contraire. Mais vous savez ce qu’on dit ; les histoires d’amour finissent mal (en général). En revanche, je peux écrire des pages et des pages sur l’amour déchu sans aucun problème et cela grâce à de nombreuses expériences. Mais l’amour, je n’y arrive pas. De peur de tomber dans le cliché ou le fleur bleue.

Parce que, l’amour, c’est quoi, hormis un horrible cliché ?

Les picottements dans le ventre, les fourmis dans les jambes, les phrases mielleuses finissant par des sourires, les deux bouches pour une cigarette, pour une tasse de café, les vêtements d’homme sur un corps de femme, les paroles de femme dans la bouche d’un homme, les rendez-vous tard la nuit sous la pluie (à Brest !)… Et la mélodie des oiseaux à huit heures du matin ne nous dérange plus.

Vous voyez comme je suis fleur bleue…

Et encore, j’aurais aussi pu rajouter que l’amour est un bouquet de violettes, un oiseau volage, un animal indompté, un enfant de bohème, une lumière au bout du tunnel (Non ! N’y va pas !)…

L’amour, tout le monde y aspire, mais personne n’arrive vraiment à le définir. À moins de tomber dans le romantico-pathétique, l’amour, ce n’est pas des mots que l’on met bout à bout pour lui donner un sens. L’amour, c’est des actes qui s’enchaînent et qui donnent un sens à la vie. Il n’existe aucun vocabulaire, aucun dictionnaire, aucune encyclopédie pour décrire ce sentiment.

L’amour, c’est tellement différent d’une personne à une autre que c’est à se demander s’il existe vraiment ou s’il n’a pas tout bonnement été inventé dans les romans et les films à happy end.

C’est pour cette raison qu’il m’est impossible d’écrire l’amour et encore moins de façon cartésienne. Être terre-à-terre serait incompréhensible face à un sentiment qui n’est là que pour nous faire planer.

L’amour déchu, c’est une autre affaire.

Prenez ce même sentiment de légèreté et faites-le rentrer en colision avec un élément perturbateur. Tout de suite, le flot de paroles est (trop) abondant. Et l’atterrissage catastrophique.

Une autre que vous pose ses lèvres sur les siennes.

« Mesdames et messieurs, nous entrons dans une zone de perturbations ».

Avoir envie de crier mais vouloir s’enfuir sur le champ, avoir envie de la tuer mais vouloir le tuer lui, avoir envie de pleurer mais vouloir hurler de rire comme prise par la démence, avoir besoin d’être entourée mais rester isolée chez soi, avoir envie de calme mais mettre la musique à fond, vouloir se coucher tôt pour oublier et boire toute la nuit pour ne plus y penser, ne plus vouloir de lui mais chercher à la revoir, se dire qu’il n’est plus rien et constater qu’il est encore tout, hélas.

Avoir faim, ouvrir le frigo, y préférer une cigarette, la laisser mourir au bord du cendrier, allumer la télévision et la chaîne-hifi simultanément, aller s’enfermer loin de tout ce bruit, vouloir voir ses parents et appeler sa meilleure amie, caresser le chat couché en napperon et regarder le plafond sans expression.

Être vidée.

On ne peut pas vraiment expliquer toutes ces contradictions, mais on peut affirmer une seule chose ; le vide qui nous remplie. C’est ce vide trop grand, trop béant, qui nous empêche de comprendre.

Il suffit juste d’attendre qu’il se remplisse, histoire de dire que ça va mieux.

Être trop remplie et ne plus avoir de place pour y ajouter des mots ou être trop vidée ne laissant de la place que pour les mots… L’amour est électrique et personne n’a le bouton pour contrôler sa puissance ; dévastateur ou inexistant.

« Qu’est-ce qui nous protègera des ravages de l’amour ? » Wajdi Mouawad
Par Alice Walden - Publié dans : joursetnuits
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