Je suis assise dans le wagon d’un train. Nous sommes arrêtés à une gare. Un autre train attend le départ à côté de ma fenêtre. Je le regarde. On entend un coup de sifflet. On avance. Qui avance ?
Est-ce le train d’en face qui démarre dans le sens inverse ou le mien qui s’en va de l’avant ? Quand dans la vie, tout va trop vite, que les évènements sont incontrôlables et qu’ils nous échappent à cause de leur peau faite de soupirs qui s’enfuient dans le vent, que les journées commencent et qu’il est déjà temps de dormir, que l’infernale routine est déjà trop ancrée dans notre quotidien et que l’on ne peut plus mettre le doigt dans l’engrenage au risque d’une amputation… Est-ce que c’est notre vie à nous qui va trop vite ?
Est-ce que ce ne sont pas plutôt les autres à qui ils arrivent toutes sortes de nouveautés et que par répercussion, nous avons l’impression que c’est notre vie qui avance ? Finalement, on ne serait pas en train de stagner en s’exclamant de tout ce qui se passe dans la maison de nos amis ? C’est vrai que le papier peint est joli ; et si je changeais le mien !
Mais, pourquoi ce sentiment de fatigue ?
Si je stagne, je ne dois pas être épuisée de mes non-actes. N’est-ce pas plutôt la folle danse du monde qui me rend lasse à ce point ?
Je ne sais pas si j’avance, je ne sais pas si je recule.
Je regarde par la fenêtre, je vois le paysage défiler comme défile le temps, bien trop rapidemment. Je regarde les lumières de la ville au loin ; on dirait des étoiles échouées qui se seraient perdues.
Je regarde les gares s’enchaîner les unes après les autres.
Si je ne m’arrête pas, ce sera comme avancer ou comme se fatiguer pour rien ? A quel moment dois-je tirer la sonnette d’alarme et décider de prendre ma vie en main pour que ce soit la mienne qui avance, cette fois.
« Je ne peux pas descendre car il n’y a plus de nom sur les gares »