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Dimanche 10 décembre 2006
Cette soirée me laissait un goût étrange sur le palet.
Cette semaine et même ce mois également.
J’ai eu l’impression d’être complètement dépassée par les évènements parce qu’ils étaient à la fois incontrôlables et aussi parce que j’avais l’impression qu’ils avançaient plus vite que moi, me laissant inexorablement sur le bas-côté.
C’est au moment où l’on se croit le plus protégé que l’on baisse la garde et que l’ennemi vous attaque par surprise.
Qui sont mes ennemis ?
Je pense avant tout que ce sont des ennemis intérieurs et que ceux-là vont déclencher par répercussion des ennemis extérieurs qui ne l’auraient pas été si j’étais en paix avec moi-même. Après tout, la plus grande des guerres et celle que vous vous déclarez.
Je m’étais protégée de mes amis, de ceux que j’avais blessé par le passé, de ceux qui m’avaient fait souffrir totalement inconsciemment – ou s’ils l’étaient, sans intention préméditée – de mon quotidien dont on ne peut pas dire que le mode de vie soit sain. Et un jour, vous croyez dormir paisiblement et l’on sonne à votre porte à une heure matinalement inacceptable. Ce pourrait être les pompiers vous vendant d’horribles calendriers avec des photographies d’incendies, mais se recoucher juste après leur en avoir acheté un serait beaucoup trop simple.
Non. On va sonner dans votre tête et vous remémorer ce qu’il n’aurait pas fallu oublier. Cacher. Renier. C’est comme une sorte de flash-back qui interferait avec le présent par le simple fait d’y repenser.
Ce qui expliquerait alors un certain nombre de réactions qu’hier encore, je ne comprenais pas. Pourquoi se mettre à pleurer dans un lit sans véritable raison, juste à cause d’un message qui sous-entendrait que vous êtes – toujours ? encore ? – la femme de sa vie à lui. LA femme idéale.
Je crois comprendre désormais pourquoi ces larmes. Parce que je me suis souvenue de mes promessses anciennes, celles que je lui faisais, masquées, celles que je me faisais à moi, celle que je nous faisais à nous, à notre couple. Celles que je n’ai pas tenu. Par dépit, par lâcheté. Parce que je n’en étais pas capable.
Pourtant, c’est un passé lointain désormais. Mais, un simple retour dans sa vie, une simple invitation à une soirée béta, une simple conversation permettent parfois de renouer certains liens. Et elles permettent de renouer avec le passé.
Mais, tout ces liens sont-ils aussi solides que des fils tressés soigneusement par une araignée ou vont-ils rompre dès que l’on tira un peu trop dessus.
C’est en fait le même principe que le paquet de nœuds. Si l’on tire sur le mauvais fil, le paquet se resserre. Si l’on attrape le bon, on dénoue tout le reste.
Et moi, si je tire trop fort sur le mauvais fil, le paquet à la fois se resserre et en plus, le fil s’arrache et il n’existe alors plus aucun moyen de défaire cette boule entrelacée.
Il y a aussi ceux qui vous ont fait mal. Et qui vous font encore mal. Comme le disait Snollie, se sont les « fantômes de nos relations passées ». Celles qui nous gouvernent encore, bien que de manière déguisée. Ces relations sont rares. Mais elles sont capables de vous faire tourner en rond et de finir par vous faire tourner noire et voir rouge.
Une fois encore, après avoir enterré mon histoire passsée, il a décidé de revenir par petites enjambées dans ma vie. Je ne peux pester contre la politesse et la délicatesse par lesquelles il s’y est pris. Et j’ai en plus l’étrange impression que cette délicatesse, il ne l’a pas acquise grâce à moi. Je le connaissais beaucoup plus « devored by vermin ». Je crois que cela vient en partie d’elle. Quelle ironie machiavélique.
On dit que l’espoir fait vivre. Par moments, il fait aussi beaucoup souffrir. Je peux alors faire référence à cette maxime un peu simplette, je l’admets, disant « vivre, c’est aimer ; aimer, c’est souffrir ; souffrir c’est mourir ; alors, pourquoi vivre ? ».
J’en suis arriver à ce point : un homme va pouvoir m’intéresser, mais après quelques heures passées en sa compagnie, je vais renoncer pensant qu’il ne sera jamais celui que je veux, celui qui me fera oublier mon fantôme. Ma hantise enfouie.
Il y a enfin mon quotidien qui se résume en quelques mots : réveils en retard, café, cigarette, cours, café, cigarette, cours, activité improductive rentrée chez moi, conversation avec mon ami maltais, repas – le premier de la journée – et je m’endors épuisée pour tout recommencer avec encore un décalage dans ma vie dû au manque de sommeil. De plus, depuis deux semaines, j’ai l’honneur d’y ajouter mes examens en parallèle avec mes cours. Sans oublier ma dose hebdomadaire de travail dans un institut de sondages. Je sors parfois, je vois des amis – souvent les mêmes – j’essaye de faire les choses. Mais je ne trouve pas le temps pour moi. Le temps qui devrait me servir à prendre soin de ma petite personne.
Je croyais, il y a encore quelques semaines, que j’étais un petit homme marchant avec un fagot de bois et qu’à chaque personne rencontrée sur mon chemin, je lui donnais un peu de mon bois pour m’alléger. Mais je crois maintenant que, même l’écriture, même les amis, même ma famille, ne peut me décharger comme je l’aimerais. Je porte mon bois mort sur le dos et je ne trouve pas le moyen de m’en débarasser. La question est maintenant de savoir si je ne suis pas finalement obligée de le garder à tout jamais et que la vie m’appendra à le porter de façon à ce qu’il me fasse le moins mal au dos dans la mesure du possible. Comme si la vie nous permettait en définitive de créer des amortisseurs. Quelque chose, non pas pour éviter les coups, mais pour moins les ressentir. Je crois même, en éccrivant ces lignes, que c’est ça la vie.
Cette soirée, je croyais bien la passer. Mais finalement, je crois avoir uniquement dissimulé des fractures qui se réouvraient malgré moi. Je pensais que, pendant cette soirée, j’allais bien rigoler et me changer les idées. Mais je suis tellement fatiguée, que je n’ai pas su éviter, pas su esquiver la claque qui m’attendait ce soir. Celle qui m’a fait comprendre tout ça. Celle qui m’a poussée à partir plus tôt que prévu, juste pour pouvoir écrire ce texte. Durant cette soirée, il s’est passé quelque chose d’étrange. Il y avait un verre posé au bord du lit, un verre de whisky, et je voyais le pied de la personne assise sur le matelas se rapprocher dangereusement de ce verre à chaque mouvement. Je ne suis pas restée assez longtemps pour savoir s’il l’avait renversé.
Je savais au fond de moi que tout cela arriverait. J’aurais pu l’éviter. Comme j’aurais pu dire à cet ami de faire attention au verre ou simplement le déplacer par moi-même. Mais je n’ai rien fait. J’ai assisté à tout ça, non pas en n’étant pas capable d’en changer le cours des évènements, mais en ne réagissant pas tout en considérant lucidement les impacts que cela allait produire. Que ce soit la tache sur le lino ou la fatigue, la lassitude pesante et constante.
Je vais maintenant me coucher.
Et tenter de dormir.
Pronfondément.
Par Alice Walden - Publié dans : joursetnuits
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