Mercredi 6 septembre 2006
Le soleil disparaît à peine que la lune gonfle son ventre miteux pour se faire de la place. Une journée s'achève. Un peu comme hier, pas loin de demain. La nuit tous les chats sont gris et les avions planent haut. Je peux voir leurs lumières s'envoler.
Gérard Depardieu dit à Catherine Deneuve, ainsi qu'à d'autres femmes par la suite, "il y a deux femmes en vous". Et c'est ce qui s'opère pour chacun de nous. Il y a le jour...et la nuit. Le jour, souriant comme jamais, on affronte le soleil et la vie qui l'accompagne et le soir, plus sérieux, moins fêtard, on affronte la lune et ses fantômes. Comme un vieux rêve qui nous hanterait.
Mais, pourquoi ne pas faire de la nuit un moment de magie. On se retrouve enfin seul et c'est toute une vie qui s'offre à nous. La nuit, tout est permis! Pourquoi ne pas s'offrir une jolie vie.
La rêver, c'est un peu la créer. Et la communiquer, c'est lui donner une vraie vie, à elle aussi. Le meilleur des mondes...
Alors, je vais monter sur les ailes de ce gros avion et voir ce qu'il se passe là-haut... Peut-être qu'à l'atterrissage, l'aéroport sera recouvert de bonbons... Qui sait! Tout est possible. Il suffit juste d'y croire.
A.W.
Par Alice Walden
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Mercredi 6 septembre 2006
Le voyage commence.
Le vent fouette mes cheveux. Je ressemble à une balafrée.
D'en haut, tout est si minuscule. Si pathétique. On voit des gens s'entre-tuer, d'autres s'aimer puis se haïr, certains se poignarder dans le dos... Ce n'est pas très raisonnable. Nous sommes devenus tellement intelligents que nous ne savons plus qu'en faire. Alors nous échafaudons des plans diaboliques, des techniques narcissiques. Nous avons, en soit, des idées machiavéliques. Le progrès...
Et je continue de monter. J'arrive à un point où je vois encore le soleil se coucher alors que la lune est déjà dans le ciel, à pointer le bout de son nez, en se fichant de tout nos problèmes. Elle a bien raison, cela ne la concerne pas. Elle, elle ne fait que tourner. Et le sang continuera de couler, comme l'a dit Prévert.
Je me mets debout sur l'aile de l'avion et je surf entre les vagues de pressions atmosphériques. Je regarde en bas. Le monde est si petit... Et je saute en fermant les yeux.
L'aéroport sent le caramel...
Par Alice Walden
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Une fille est assise sur un nuage. Elle flotte. Sa robe s'envole.
Je lui demande ce qu'elle fait là. Elle me dit qu'elle observe. Elle observe le monde.
Et comment le trouves-tu?
Intéressant...
Je peux rester?
Bien sûr.
Je gonfle un bout de nuage pour m'asseoir à ses côtés et je regarde. C'est agréable quand on est autre part qu'en bas.
Elle me montre du doigt quelque chose. Je plisse les yeux. Pas évident quand on est si haut en équilibre sur un nuage à s'accrocher à la robe d'une jolie demoiselle.
Je vois ce qu'elle me montre. Un homme court dans la rue avec un bouquet de fleurs...
Par Alice Walden
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Je suis en retard... Horriblement en retard.
Que va-t-elle me dire? Elle va se demander où j'étais... Et ces fleurs qui perdent leurs pétales à chaque bouffée de vent. Elles se fânent avant même que je ne les lui ai donné.
On s'était pourtant promis de s'aimer. Jusqu'au bout. Jusqu'à la fin. Et me voilà à arriver en retard à un rendez-vous râté avec des fleurs qui se meurent dans mes bras.
Nous sommes devenus le couple que nous ne voulions jamais être. Et pourtant, les années passent, le couple se tasse!
Je vais arriver essouflé, elle sera là, aussi belle que jamais. Je verrai dans ses yeux une preuve infinie dans le temps. Celle que nous nous étions faite. Mais cette promesse demeure désormais chimère. Ce n'est plus qu'un contrat entre nous, une sorte de papier que l'on aurait signé et que l'on aurait rangé puis oublié. Pourtant, nous nous aimions follement...
J'arrive au coin de la rue. Je vais la voir, elle va être là. Juste devant le café.
J'arrive et j'arrête de courir.
Personne.
Je laisse tomber mon bouquet de fleurs fanés au sol et lorsqu'elle touche le parpain, elles sont déjà desséchées.
C'est la fin.
Par Alice Walden
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S'aimer passionnément, se détester à la folie, se réconcilier beaucoup, ne s'apprécier qu'un peu et finir par lui jeter une potiche à la figure...
Ne pas aller à ce rendez-vous, c'était comme lui dire adieu. Et ne pas gaspiller la soupe de ce soir en la lui jetant sur sa chemise.
C'est fini.
Par Alice Walden
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